lundi 16 avril 2018

De la Jamaïque vers les San Blas

Le départ de la Jamaïque se fait tranquille, mardi 3 avril en fin de matinée. Nous n'avons pas chômé ce matin : petit tour en ville pour le ravitaillement avec passage au petit marché des fruits et légumes où nous dépensons nos derniers dollars jamaïquains ; passage à la marina pour payer (225 dollars : 4 nuits à 50 dollars et 25 dollars l'eau, qui n'est pas donnée ici) ; tampon des douanes obtenu (et paiement des 25 dollars d'overtime dûs pour notre arrivée un vendredi férié. Normalement c'est 50 mais nous partageons avec Kriséole, arrivé le même jour que nous) et enfin petit tour à la piscine pour les louloutes.
Il fait beau, le vent est calme : à peine une dizaine de noeuds ... on se traîne un peu au début en longeant la côte et on découvre des plages cachées dans la verdure.
IL y a 540 milles à faire pour arriver à Cayo Hollandes aux San Blas. Julien installe le genaker (avec encore une séance d'acrobatie sur le bout dehors car l'enrouleur récalcitre !). Dans l'après-midi, en s'éloignant de la Jamaïque, le vent de 10/15 kt est plus favorable et on avance enfin entre 8 et 10 kt. La journée file : école pour Violette car la mer est vraiment calme et pêche (infructueuse) pour Julien et préparation du pain. On bascule du genaker au spi sans difficulté.
La nuit est calme et Lilas profite de la place dans notre lit pour y dormir avec celui qui n'est pas de quart. Mercredi, les conditions restent bonnes et on avance bien. Je m'installe avec mon petit dej quand Julien me dit qu'il veut mettre le genaker car le vent a tendance à forcir ... ok mais d'abord mon café !! La mer est pleine de sargasses et de déchets divers à tel point que nous remontons la ligne de pêche. Violette fait école (elle est d'accord pour avancer bien maintenant pour pouvoir ensuite jouer plus avec sa copine de 6Gone que l'on va retrouver aux San Blas.), Lilas joue la perturbatrice et finit par s'endormir par terre en plein milieu du cockpit !
La deuxième nuit se passe sans encombre : depuis notre départ, on n'a pas croisé grand monde : un voilier et un porte container. Julien profite de son quart pour faire du pain pour le petit dej. La vie en mer s'organise. Le vent s'oriente moins bien : du 150 ... et on avance moins bien. Jeudi matin, je commence à peine mon café que Julien m'annonce que l'on va remettre le spi ! Grrrr ! Il veut vraiment me faire boire mon café froid !! Le changement genaker contre spi se passe comme sur des roulettes : le genaker se roule bien, la chaussette du spi monte sans accroc ... notre guigne habituelle nous aurait-elle abandonnée ? Ah non : Lilas renverse son jus de fruit du matin sur les coussins du carré pour nous occuper un peu.
A 10h du matin, il reste 220 milles à parcourir. On espérait arriver demain en fin de journée ... il faudrait accélérer un peu pour cela ! Et en fait le vent va faiblir encore un peu et s'orienter plein arrière ... pas top. Heureusement, cette journée sera l'occasion de voir des dauphins plusieurs fois ... parce qu'on se traîne à 5 kt et que côté pêche ... on perd encore un hameçon ! La nuit arrive sans grand changement et pour remonter le moral des troupes (parce que maintenant c'est sûr : on n'arrivera pas demain !), c'est soirée crêpes ! Nous croiserons quelques cargos cette nuit : on approche du Panama !
Vendredi, 6h30 du matin : le spi a du mal à rester gonfler et ça me réveille. J'arrive au moment où la ligne de pêche se tend ! J'ai tout juste le temps de voir sauter un requin au bout et ça lâche ! Il a tout emporté : le leurre et les plombs !! Décidément, la pêche et nous !!
7h du matin : il reste 106 milles à parcourir ... mais le vent a tourné un peu : on affale le spi, Julien monte la grand voile et le genaker. Bon, encore pas bien réveillée (pas eu mon café moi !), j'appuie sur les mauvais boutons sur le pilote automatique et je mets les 20° de cap du mauvais côté. Conséquence : le genaker se déroule mal et le bout de l'enrouleur sort de son emmagasineur ... Julien est de nouveau obligé de faire de l'équilibre pour défaire tout ça ce qui achève de le mettre de bonne humeur ce matin. Côté bâteau, c'est mieux : on avance à 7 kt ... ce qui ne suffira pas pour arriver de jour aux San Blas ! Zut !
Julien s'attèle à remonter une autre ligne de pêche pendant que je petit déjeune enfin. Dans la journée, nous accrocherons 2 daurades : une qui se décrochera assez vite, une autre qui le fera presque arrivée dans la jupe ! Rageant !!
Le vent tombe dans l'après-midi ; on affale le genaker et on installe le spi ... mais on sait déjà qu'on arrivera dans la nuit, vers 2 h du matin. Ça tombe bien : la lune devrait se lever vers 11h et elle ne sera pas de trop pour s'aventurer dans un mouillage inconnu !
Quand je prends mon quart vers 11h30, Julien me dit qu'il a vu des dauphins (le veinard !!) ... mais moi aussi ! En fait, ils sont toujours là ! Le spectacle est un peu magique : on ne "voit" pas les dauphins : on les devine ! On entend les bruits de respiration par leur event et on voit des traînées lumineuses dans l'eau : ce sont les algues phosphorescentes "dérangées" par les dauphins !
Nous visons Cayo Holandes et enfin, on commence à la voir ... on se traîne à 3,5 kt ... pffff ! A ce rythme, on en a encore pour 2h ! Je craque et on allume le moteur avant d'affaler le spi pour terminer plus vite ! L'arrivée se fait doucement : la lune a beau éclairer, on ne voit pas grand chose. Il y a 4 bateaux au mouillage ... on se glisse entre deux, on avance tout doucement : les fonds remontent vite : 40, 30, 20, 10 ... à 8 m, on jette l'ancre. Et au dodo !!
Le matin, nous découvrons que nous sommes devant une magnifique plage. L'eau est à 28° (on a regagné un degré et ça compte !) : je plonge vérifier où nous avons posé notre ancre. Dans du sable, parfait ! Et juste à côté d'un énorme massif de corails où pour une fois, les coraux sont intacts. C'est joli, c'est coloré ! Je sens qu'on va apprécier ces îles !
Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de Lilas ! Nous mettons le cap sur une île voisine Cayo coco Bandero pour y rejoindre 6Gone et Fakarever. C'est un vrai petit coin de paradis et l'eau a gagné encore un degré : 29° c'est trop bien !!
Sous l'eau, je croiserai une raie léopard et beaucoup de jolis coraux. Mes préférés : les "cerveaux" ; pris en gros plan, on peut jouer au labyrinthe dessus !

Les retrouvailles sont joyeuses : Violette et Lilas retrouvent des copines / copains et ça joue !! Tout le monde se retrouve à bord à l'occasion de l'anniversaire de Lilas qui aura un peu de mal à souffler les bougies. De tous les cadeaux reçus, c'est le biberon "magique" pour son bébé qui lui plaira le plus ! (Dolorès, le tour de cou Minnie a eu aussi beaucoup de succès ! Merci !)
Après la baignade, nous nous retrouvons sur la plage pour un pique-nique joyeux. Les jours suivants s'écoulent entre baignades, jeux, apéros et farniente.

Julien remettra le nez dans la mécanique, notre manette moteur gauche continuant à être récalcitrante parfois. Après une vidange à la seringue et changement de l'huile, ça a l'air d'aller mieux. Peut-être une saleté dans l'huile ?
Chaque jour, des kunas, en barque, viennent voir si nous avons besoin de quelque chose : fruits, légumes, oeufs, bière, poissons, langoustes, king crabes ... on a l'embarras du choix et les prix sont raisonnables. Notre espagnol est bien rouillé mais on arrive à se comprendre et à faire des affaires.
Fakarever part en premier de notre beau mouillage (le drône nous permet de vous le faire réellement voir) car il a des soucis techniques à régler avant de passer Panama. 
Nous partons le lendemain avec 6Gone pour rejoindre Cayo Holandes. Nous comptions nous baigner mais ... 6Gone nous appelle à la VHF : il y a un crocodile près des bateaux ! Elle est bien bonne celle-là ! On dégâine quand même les jumelles et ... effectivement, c'en est un !

Ça nous refroidit ... au final, nous nous baignerons quand même mais près de la plage pour le snorkeling pour moi, et à la plage pour les loulous.
Côté ennuis techniques, nous nous sentons moins seuls : Fakarever a des problèmes de guindeau, 6Gone des problèmes de VHF, de radar et depuis peu, c'est son frigo qui est en panne ! De notre côté, notre guindeau tient le coup mais le support a rendu l'âme : il s'est cassé en deux. Pour qu'il tienne en place quand même, Julien l'a refixé avec une visse. Notre manette moteur fonctionne normalement.
6Gone part pour faire réparer son frigo pendant que nous changeons de mouillage. Nous avons récupéré des cartes plus détaillées et nous osons nous aventurer entre les patates de corail pour trouver un mouillage ... quand la profondeur diminue, on ne fait pas les malins ... mais ça passe !!

Notre mouillage au centre de Cayo Holandes est calme et proche d'un banc de sable où on peut se baigner en ayant pied. Après l'école, c'est le montage d'un des cadeaux de Lilas : tout le monde s'y met !

La météo se gâte : des petits orages passent (les San Blas sont connues pour les orages violents et les risques de foudroiement pour les bateaux) et il pleut ! A cette occasion, on se dit qu'il faudrait vraiment réparer notre toile de bimini qui fuit au niveau de quelques coutures.
Nous repartons le lendemain vers Cayo Holandes Est où nous trouvons un petit mouillage tranquille devant une belle plage. Nous sommes tous seuls ! Nous aurons quand même la visite d'une barque de Kunas qui nous fera payer 10 dollars de redevance (cela donne le droit à un mois au mouillage à Cayo Holandes). On préfère quand ils nous abordent pour nous vendre des fruits, légumes, pain, langoustes, oeufs et autres !

Le temps est plus clément : allez c'est parti : on démonte la toile du bimini. J'ai préparé mon matériel mais ça ne sera pas une partie de plaisir ! La toile est épaisse, lourde et sale (le dessous du bimini est plein de poussière, de moisissures ... ). Le renfort pour l'étanchéité est finalement cousu (en zigzag et après avoir cassé quelques aiguilles). J'en profite pour changer 2 fermetures éclairs et renforcer les coutures sur certains endroits.
Et je tente une amélioration : une goutière souple tout le long du bord pour éviter que l'eau coule le long des côtés et nous permettre de récupérer plus facilement l'eau de pluie. Je me suis bien enquiquinée (ma machine a bien failli passer par dessus bord !) et le résultat, une fois la toile remontée n'est pas top ... zut alors !!
 
Dimanche matin, on se décide à quitter notre petit paradis pour rejoindre le continent. On laisse les cases des kunas derrière nous (leur vie est simple sur leurs petits îlots : aucun superflu ! Ni eau courante, ni électricité ... on se sent privilégiés sur notre "palace" flottant !).

 Il va falloir sortir de notre mouillage, puis prendre le canal Holandes et longer les îles. On reste attentif car les San Blas recèlent un nombre d'épaves assez impressionnant ... 
Linton est à 50 milles environ et, optimistes, on part vers 11h ... et on se traîne : pas beaucoup de vent et il s'oriente mal ! On fera quelques heures de moteur, entrecoupées d'heures de voiles et on arrivera à 21h30 à Linton. Grâce à internet (enfin retrouvé près des côtes), nous savons que 6Gone est au mouillage là bas et il allume sa nouvelle guirlande led lumineuse (rouge) pour nous :  on mouille à côté, contents d'être arrivés.
Au programme à venir : les formalités de Panama et du canal, le ravitaillement, le rangement à bord (les filles nous aident beaucoup comme vous pouvez le constater 😤) et la récupération de notre équipage !


dimanche 1 avril 2018

Navigation difficile vers la Jamaïque

Le départ de Gibb's Cay se fait en début d'après-midi pour Teiva et Lotus. Le vent est établi à 15/20 kt ... Le matin, le ciel était chargé, le vent frisquet ... malgré tout, nous avons été une dernière fois sur notre jolie plage avant de quitter les Turks. Finalement, nous y étions à peu près à l'abri du vent ; il a fallu sortir de l'eau Violette et Théo qui se servait du canoe comme d'un surf.


Les couleurs étaient toujours aussi magiques ... mais il faut avancer : Teiva va récupérer des amis aux Bahamas et nous allons retrouver 6Gone aux San Blas.
Nous avançons tranquillement avec le génois jusqu'à être libérés des fonds du bank de Grand Turk. Ensuite, on installe notre genaker (75 m2 seulement) muni de sa chaussette et on accélère. La mer est hachée mais heureusement, nous avons la houle secteur arrière. Ça remue, mais ça avance !
Teiva montera son genaker un moment avant de le ranger car le vent forcit un peu. Au sud du bank de Caicos, nos routes se séparent sur un dernier contact VHF : bon vent et bonne mer les amis !
Le vent reste bien établi : 20/25 kt dans le 150. Petite précision : nous avons réglé notre anémo optimiste et il donne le vent correctement maintenant.
 On hésite et finalement on garde le genaker pour la nuit. Mais ça forcit encore un peu en fin de nuit, il faut se décider à affaler notre genaker. Le génois est déroulé ; je choque l'écoute du genaker pendant que Julien se pend à la chaussette ... qui ne descend pas d'un poil ! Zut, il s'escrime dessus pendant que j'éclaire le haut du mât pour voir ce qui coince. Rien à faire, la chaussette reste coincée en haut. Tout ça avec des rafales à 30 kt et une mer qui lance Lotus dans de belles embardées !
Julien a beau menacer le genaker d'une crémation imminente, il faut finalement se résoudre à le descendre "à la sauvage" : je laisse filer la drisse et Julien récupère la voile sur le trampoline (pas facile avec le vent qui s'engouffre dedans ! Enfin la voile est entièrement affalée, on est bon ? Ah non, l'écoute du genaker est en partie dans l'eau. Je tire dessus pour la récupérer ... et zut, elle s'est coincée quelque part ! Après une nuit de quart, Julien est au mieux de sa forme : "PutBIIIIIP, elle va nous faire chiBIIIIIP encore longtemps cette saloBIIIIIIIP de voile de merBIIIIIIIIP !!"
Enfin en descendant dans la jupe (régulièrement innondée par les vagues qui nous montent dessus) et en récupérant à la gaffe l'écoute qui traîne derrière, en tirant d'un côté puis de l'autre, nous arrivons enfin à la décoincer et la remonter (non sans érafler au passage notre bel anti-fouling tout neuf !). C'est quand même le soulagement : je me voyais déjà obligée de plonger pour la démêler (coincée dans le safran a priori) et vues les conditions de mer ... pas motivée du tout !!
Bon ce n'est pas tout mais il faut finir de s'occuper des voiles et Julien monte la grand-voile à 3 ris avant qu'on prenne un petit dej bien mérité ! (et pour moi un petit comprimé de nautamine car la journée s'annonce aussi chahutée que la veille !)
On aperçoit la côte d'Haïti et on passe le canal dans la journée avec des vents soutenus à 35 kt et la mer qui va avec. Le bateau fait de belles embardées : il part en surf en travers, se redresse ... on avance mais on ramasse ! On avance à 11/12 kt avec des surfs réguliers à plus de 15 kt (record 18,3 kt !).
La vaisselle bouge un peu, quelques boîtes dégringolent ici ou là dans le bateau mais pas de casse. Les louloutes sont en forme et regardent arriver les vagues avec des "Oh la groooossssse vague !! Lilas finit par dessiner dans le carré, complètement insensible aux mouvements.
Avec tout ce vent (frais !!), on est obligé de se couvrir : pantalon, polaire (chaussettes pour Julien) ... Vivement la Jamaïque !
Avec un vent plein arrière, on ne peut pas aller à notre prochaine escale en ligne droite ... donc on zigzague un peu ... Dans la journée, comme on avance moins, Julien met la ligne à l'eau ... et un peu plus tard, je vois la canne à pêche se plier ... et se détendre d'un coup. On ne saura jamais ce qui a mordu mais il a tout emporté (de la tresse donnée pour supporter 45 kg !).
La nuit n'apporte pas l'accalmie attendue et on continuera à subir 25 à 35 kt de vent toute la nuit. Ce n'est qu'au matin que ça se calme enfin et on finit avec à peine 10 kt à l'arrivée à Port Antonio, accompagnés par quelques dauphins !!


Après cette navigation éprouvante, on goûte au calme de la baie au fond de laquelle se trouve une toute petite marina. Je tiens à dire que c'est le premier pays de la Caraïbe où l'on est accueilli chaleureusement (et non traité comme des enquiquineurs ou des délinquants en puissance !). Nous verrons successivement les autorités du port, les policiers et enfin les douaniers : ici, ils se déplacent sur votre bateau et ils sont gentils !
Ils répondent à vos questions et même, ils sourient !! Et en plus, les formalités sont gratuites ! Bon, c'est normalement le cas mais nous tombons sur le vendredi précédent Pâques, qui est férié ici ! C'est donc une arrivée en overtime, que nous partagerons avec un autre bateau français arrivé 1h avant nous (c'est déjà ça ! D'ailleurs nous avons fait connaissance à cette occasion avec Sylvie et Thierry sur un beau monocoque de 50 ft). Les douaniers nous font d'ailleurs comprendre qu'il vaut mieux ne partir que le mardi (et non le lundi de Pâques !!).
Et nous voilà tranquilles pour 3/4 jours, au calme, avec une piscine (chaude) au petit resto de la marina, à deux pas du centre-ville où nous découvrirons un marché de légumes et fruits très bien achalandé et à des prix raisonnables. D'ailleurs, si le dollar US est accepté, nous découvrons le dollar jamaïquain : 1 dollar US = 120 dollars jamaïquains ! On a vite les poches pleines de billets de 1000 !
Les jamaïquains sont gentils et on se balade dans la ville en toute tranquillité. Les rues sont animées : devant chaque toute petite boutique, des enceintes mettent le reggae à l'honneur ... FORT !! D'ailleurs chaque soir, nous avons une ambiance musicale jusqu'à près de 2h du matin.

Donc on profite du luxe d'être à quai pour mettre un coup de propre au bateau, intérieur, extérieur. Le départ est prévu mardi vers les San Blas : 550 milles nautiques à parcourir !